Le coût de la vie à Rome au Premier siècle ap. J.-C.

Dans un article précédent, j’ai mentionné quelques exemples de salaires à Rome au premier siècle. La principale critique que j’en ai reçu était de ne pas avoir fourni de comparatifs permettant d’apprécier le niveau de vie des romains à l’époque où se situe mon roman “Le complot de Marcus Antonius Primus”. Dans ce livre, je me suis, en effet, ingénié à retranscrire la vie des romains ‘normaux’ juste après la mort de L’Empereur Néron (69 ap. J.-C.). Il était en effet beaucoup plus important pour moi de fournir une image claire de la vie des simples gens plutôt que de leurs élites. Je vais donc essayer de combler ici cette lacune, et ainsi peut-être donner aussi l’envie de découvrir mon livre.

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Thermopolium de Vetetius Placidius à Pompéi – crédit : Miguel Hermoso CuestaEntrer une légende

 

Le prix du grain de seigle était l’indice de base de l’économie Romaine

Le commun des mortels se nourrissait pour l’essentiel de grain. Celui-ci était tellement important, qu’il était devenu l’indice de base de la vie économique à Rome, et pouvait à lui seul déclencher des émeutes. L’unité de mesure en était le modius (environ 8,7l). Un modius de seigle pouvait fournir environ 10kg de pain.  Au premier siècle sous Néron, et immédiatement après, il coûtait entre 1 et 1,5 denier soit environ 20 as (1 denier vaut 16 as).

En prenant comme référence la quantité de grain que consommait quotidiennement un légionnaire romain, on en déduit qu’un homme adulte avait besoin d’environ 1,5 kg de pain par jour. Il devait donc dépenser approximativement 0,17 denier (en valeur médiane) soit environ 3 as par jour pour se nourrir chichement. Or, les ouvriers gagnaient à la même époque entre 5 et 16 as (voir l’article précédent). Ceci ne permettait donc pas de nourrir une famille et de se loger. La population pauvre de Rome dépendait donc des largesses en grain dispensées par l’Empereur. Cette distribution était l’ancêtre de nos allocations sociales.

Comment aller au-delà de ça ?

Pour en savoir plus sur les prix à Rome il va nous falloir extrapoler un peu.

En l’an 300 ap. J.-C. la valeur de l’argent a été dévaluée d’un facteur cent par rapport au premier siècle après J.-C. Une crise économique majeur sévit et les prix s’envolèrent. Les autorités durent y faire face et l’Empereur Dioclétien promulgua un édit visant au contrôle des prix pour combattre l’inflation. Il fournit une liste de denrées dont les prix étaient imposés par et sous contrôle de l’État. Cette liste nous est fort utile, car elle nous permet de nous faire une idée plus large de ce qu’ils devaient être à Rome à l’époque de l’Empereur Vespasien (un an après la mort de Néron).

Ainsi la viande de porc ne devait pas valoir plus de 8 as le kilo (8€/kg*), et 4 œufs (1,3 €* les quatre) ou 2 kg de figues (1,6 €/kg*) devaient coûter moins d’un as. Le fromage de consommation courante, quant à lui, ne devait pas être plus cher que 2 as par livre romaine (324g).

Les romains ne mangeaient pas que chez eux. Ils avaient l’habitude de déjeuner dehors quand ils travaillaient. La pratique était bien établie et nous en connaissons le coût indicatif dans l’une des nombreuses popinas, ou cuisines publiques, qui offraient de quoi se restaurer. Un repas y coûtait environ 3 as, boisson incluse. À ce prix-là on n’y mangeait pas un plat de tripes, comme l’un de mes personnages lorsqu’il enquête sur le Sénateur Tiberius Claudius. Le repas se composait malheureusement que d’un simple potage. Le vin, quant à lui, coûtait 1 as (pichet d’un tiers de litre de vin de table).

Comme de partout, il fallait aussi se loger. À Rome beaucoup étaient locataires et le loyer variait grandement en fonction de la qualité du logement et du quartier. Pour ne parler que des plus abordables, on dira qu’un locataire à Rome devait débourser entre 50 et 250 deniers par an pour un taudis. Un appartement luxueux comme celui que se fait construire Gnaeus Pontus dans mon roman, aurait coûté environ 30 000 deniers par an à son locataire.

Quand Pompéi est une bénédiction pour archéologues

La destruction de Pompéi nous donne d’autres exemples de la vie quotidienne. Ainsi on a retrouvé gravé sur les murs d’une des habitations ensevelies, la liste de ce qu’avait déboursé (en as) son propriétaire jour par jour :

  • Jour 6 : fromage 1, pain 8, huile 3, vin 3
  • Jour 7 : pain 8, huile 5, oignons 5, bol 1, pain pour l’esclave 2, vin 2
  • Jour 8 : pain 8, pain pour l’esclave 4, semoule 3
  • Jour 9 : vin 1 denarius, pain 8, vin 2, fromage 2
  • Jour 10 : … 1 denarius, pain 2, pour femmes 8, blé 1 denarius, concombre 1, dates 1, encens 1, fromage 2, saucisse 1, fromage mou 4, huile 7

On a également retrouvé toujours dans ces même ruines la liste suivante :

1 modius (6,5kg) Seigle 12 as
1 modius Blé 30 as
1 modius Lupins 3 as
1 livre (0,327kg) Huile 4 as
1 sextarius (0,355l) Vin du pays 1 as
1 sextarius (0,355l) Vin de qualité 4 as
1 livre Pain 1 as
Assiette 1 as
Bol 2 as
Tunique 60 as
Nettoyage Tunique 16 as
Mule 2080 as

Conclusion

Pour faire bref, on pourra assumer qu’un as équivaut au premier siècle de notre ère à un euro. Ce n’est pas toujours exacte, surtout en matière de logement, mais cela fournira un repère simple et rapide pour comparer les niveaux de vie et pouvoir apprécier les salaires que j’ai fournis pour différentes professions dans mon article précédent.

J’espère que cela sera d’une aide ou d’un intérêt pour tous ceux attirés comme moi par le monde romain. J’ai voulu ainsi satisfaire tous ceux qui m’ont demandé d’établir un comparatif sur les coûts de la vie entre les deux époques. J’espère avoir réussi.

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Merci d’avance.

Thierry Bontoux est l’auteur de « La dame d’Albi« , un roman sur fond d’assassinat politique au moyen-âge vers la fin de la guerre de cent ans, et du « Le complot de Marcus Antonius Primus » figurant l’enquête autour d’un meurtre dans les appartements de l’Empereur Vespasien en 70 ap. J.-C.

*valeur approximative constatée en supermarché en saison

 

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