Le statut social de la femme à Rome

Le statut social de la femme à Rome

J’ai reçu plusieurs messages sur ma page Facebook (ThierryBontoux – auteur) argumentant le statut des femmes mariées à Rome dans l’antiquité. Je donne, en effet, une vision très soumise de celles-ci dans deux de mes livres (Le complots de Marcus Antonius Primus et Massilia). L’action se passe au premier siècle après Jésus-Christ sous le règne de l’empereur Vespasien. Les femmes jouent alors un rôle secondaire et sont souvent rabaissées au rang de commodité, mais c’était bien là leur place à Rome. Comment s’en étonner quand le paterfamilias avait droit de vie ou de mort sur ses enfants.

Certains ont comparé le statut des romaines à celui de nos grand-mères méditerranéennes, quand elles vivaient sous le joug du patriarche. Cette image est à mon sens très loin de la vérité. À Rome, dans l’antiquité, elles étaient pratiquement des esclaves.

Le mariage – Un statut à peine au-dessus de la servitude

La position des femmes à Rome n’avait rien à voir avec l’image moderne dans nos sociétés occidentales. Des femmes avec de l’influence comme Claudia, contemporaine de Jules César, ou Caenis, dont il est question dans mes livres, sont des cas exceptionnels. La plupart d’entre elles ne pèsent socialement pas plus qu’un esclave. Elles sont la propriété soit de leur père soit de leur mari jusqu’à la mort de ceux-ci.

Il existait plusieurs formes de mariages dans la Rome antique. Comme chez nous, ils étaient là pour préserver le patrimoine familial et les intérêts des intervenants. À Rome, il s’agissait des hommes, car les femmes n’étaient qu’une commodité, jusqu’à la mort de leur père et de leur époux. Ce n’est qu’alors qu’elles pouvaient s’émanciper.

Le mariage « Cum Manu »

La forme la plus ancienne de mariage est celui dit Cum Manu. La femme était placée sous le contrôle juridique de son mari, mais reste la propriété de son père. Les enfants pouvaient prétendre à l’héritage de leur grand-père maternel. C’est la forme de mariage qui démontrait le mieux le statut de la femme dans l’Antiquité. Elle était placée au-dessus des esclaves, mais appartenait à son mari. « Cum Manu » signifie avec propriété, « Manus » étant le terme désignant la domesticité esclave.

Le mariage par « Coemption »

Le second statut légal était celui du mariage par coemptio. Ce n’est qu’une forme de mariage cum manu. Le processus matrimonial de coemptio était par essence une vente théorique fictive de la femme au mari. L’acte de vente peut avoir lieu à tout moment pendant le mariage. C’était considéré comme un processus d’émancipation par rapport au père de la mariée. La transaction avait lieu en présence d’au moins cinq témoins, qui étaient tous des citoyens romains adultes de sexe masculin.

Le mariage « Sine Manu »

Le marché aux esclave détails

La dernière forme légale était celle du mariage sine manu.  En d’autres termes, la mariée n’est pas sous le contrôle total du mari. Cette forme de mariage ne requiert pas de formalités rituelles dirigées par un fonctionnaire public. Il implique seulement que l’homme et la femme vivent ensemble maritalement sous le même toit. Bien qu’aucune cérémonie officielle ne soit requise, il était de coutume pour la mariée d’être escortée jusqu’à la maison de son époux. Les enfants de cette union étaient légalement membres de la famille du mari. Ils n’avaient aucun lien avec leur grand-père maternel et ne pouvaient pas prétendre à hériter de ce dernier.

Ce n’est que lorsque le père de la mariée mourrait qu’elle était émancipée de toute autorité masculine. Cette forme d’union permettait à l’épouse de devenir plus tôt indépendante que lors d’un mariage cum manu, en admettant que les pères étaient susceptibles de mourir avant les maris. Ce genre de mariage bénéficiait à la famille de la mariée, lui permettant de rester en possession de la dot.

La valeur d’une Esclave à Rome

Parlons rapidement des esclaves, des vraies car si le statut des femmes libre n’est pas très reluisant, celui des femmes asservies en est d’autant plus terrible.

À l’époque de Vespasien, le prix d’un esclave mâle ou d’une vieille femme tourne autour de 500 ou 600 deniers. Un esclave spécialisé peut valoir trois fois plus. Les mœurs sexuelles des hommes (et des femmes) étaient complètement libérées par rapport à notre époque, et le prix d’une jeune et belle femme était entre 2 000 et 6 000 deniers, ce qui ne laisse aucun doute quant à leur rôle. Les femmes vivant en servitude étaient le plus souvent les objets sexuels de leurs maîtres et maîtresses, tout comme le pouvaient être leurs enfants (garçons ou filles).

En conclusion

Je donne dans Le complots de Marcus Antonius Primus et Massilia une vision très machiste du monde latin. Je n’ai pas cherché à en donner une version édulcorée, et je me suis efforcé de le décrire de la façon la plus crue possible. Je suis cependant convaincu que la réalité devait être bien pire pour les femmes, qu’elles soient libres ou non. Quand on sait qu’aujourd’hui une femme sur cinq est une femme battue, on ne peut que se dire qu’il ne valait vraiment pas être une fille dans l’antiquité.