Les thermes romains

Les thermes ont joué un rôle fondamental dans l’antiquité romaine, et chacun d’entre nous a en tête l’image des thermes de Caracalla ou ceux de Dioclétien. Bien souvent, nous pensons qu’ils étaient au cœur de la culture latine, et que ce fut là l’un des plus grands acquis en terme d’hygiène que l’antiquité romaine nous a apporté. Il faut cependant faire attention aux idées préconçues, car les choses étaient bien différentes de ce que l’on peut s’imaginer.

S’il y avait bien quelques bains publics au 2ième siècle av. J.-C., ils n’étaient que de dimensions très réduites. Ce n’est qu’au 1er siècle avant notre ère, que les bains privés (balnearium) se développèrent chez les plus riches. J’en décris un retrouvé à Ostie au début du « Complot de Marcus Antonius Primus » ou encore dans « Massilia ». Les thermes immenses et publics, tel que nous les avons tous à l’esprit, sont bien plus tardifs. Ils n’apparaissent vraiment qu’au début du 1er siècle ap. J.-C. Il faut donc attendre l’apogée du monde romain pour les voir au centre de la vie sociale.

Il faut attendre l’apogée du monde romain pour voir les thermes au centre de la vie sociale.

Au 1er siècle ap. J.-C., vers l’époque de Vespasien, là où j’ai basé l’histoire de trois de mes romans, les thermes sont devenus plus que de simplement bains publics, et remplissaient des fonctions aujourd’hui couvertes par différentes éléments de notre quotidien.

C’était des gymnases, sur le modèle grec, peu différents de nos clubs de sport actuels ; c’était aussi des ensembles de bains chauds, similaires aux onsens Japonais ou aux bains turcs ; mais c’était surtout des lieux privilégiés de rencontre où l’on y faisait affaire ou où l’on socialisait.  

Les thermes s’assimilaient à nos spas, et on venait pour s’y détendre et s’occuper de soi. Mais, chose plus surprenante pour nous, on y trouvait aussi des thermopolia (taverne – restaurant) et des bibliothèques. Cela peut surprendre au premier abord, pourtant cela ne devrait pas être le cas, si l’on se rappelle qu’ils servaient aussi de club sociaux, similaires aux clubs anglais du 19ième siècle.

Il est souvent d’usage de les considérer comme un progrès en termes d’hygiène. C’est encore là une idée préconçue. Il serait bon de ne pas les regarder comme tel, car ils n’ont pas apporté beaucoup de bénéfices dans ce domaine, ni contribué à améliorer la santé des romains. On pourrait même argumenter le contraire.

L’hygiène y laissait fortement à désirer. Le peuple sentait peut-être meilleur, mais les thermes furent surtout vecteurs de propagation de maladies, tels que la tuberculose, la typhoïde, la lèpre, et de pratiquement toutes les maladies de peaux contagieuses. Il y avait plusieurs raisons à cela.

La première est au cœur de ce que sont les bains. L’eau, à l’époque romaine, laissait à désirer. Mieux valait boire du vin, que de l’eau non bouillie. L’eau des bains n’était ni nettoyée, ni renouvelée suffisamment pour pourvoir la considérer comme propre à la santé. De plus, la qualité des sources utilisées n’était pas non plus forcément propice. Mais, ce qui fut la principale cause de propagation des maladies, c’est l’usage même qu’en faisaient les romains.

Les thermes sont en effet recommandés pour traiter de nombreuses maladies de peau et respiratoire. Galien les recommande lui-même pour soigner la rage, la tuberculose, les diarrhées et les infections cutanées. Des chirurgiens y étaient disponibles pour les plus riches, au même titre qu’un massage ou qu’un traitement de peau. Mais, c’est surtout la façon même de se laver qui posait problème.

Le savon n’était pas utilisé et le sapo encore peu courant parmi une large frange de la population. On se lavait en se raclant la sueur et la crasse, assis sur les bancs du laconicum ou du tepidarium. Les romains utilisaient pour cela un strigile, ou se frottaient directement contre les parois des murs de ces pièces chaudes et humides, avant de se rincer dans les piscines.

Les thermes romains étaient donc de merveilleux bouillons de culture, à se demander s’il ne valait pas mieux rester sale et sentir pour rester en bonne santé, plutôt que de les fréquenter.

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